
Concours national
Paris, les 25 et 26 novembre 1999
Pierre Bonsang - 1S1
Naïs Coq - 1S3
Jessica Marchandise - 1S5
Laurent Tournier - 1S4
Rien de mieux établi, en effet, par lexpérience et par le calcul, que lair est un point dappui très résistant.
Robur le Conquérant. Jules VERNE
REMERCIEMENTS
à
Monsieur Bernard MASURE, Professeur à lESEM
Monsieur Eric DEPUSSAY, A.T.E.R.
à lESEMpour leurs conseils et leur soutien
ainsi quà
Monsieur Patrick AUDUSSEAU, Menuisier au lycée POTHIER
Monsieur Daniel HERAULT , Technicien de laboratoire au lycée POTHIER
pour leur aide efficace
De tout temps, les hommes ont rêver de faire voler des objets plus lourds que lair. Mais comment saffranchir de la pesanteur ?
Pour répondre à cette question, nous nous sommes intéressés au vol des avions en papier. Nos amis russes de lécole N°22 de Perm (Oural) se sont penchés sur une autre technique : lélévation par mise en vibration du corps à soulever. Un poster sera présenté lors du concours.
1. Notre problème
Tout le monde a, au moins une fois dans sa vie, effectué un pliage pour réaliser un avion en papier. Selon les pliages, le vol est plus ou moins long. Certains permettent même de faire des loopings.
Pourquoi ces différences et dabord, pourquoi un avion vole-t-il ?
1.1. Une constatation
Si on lâche un avion en papier, il tombe. Si on le lance, il vole avant de retomber.
1.2. et des hypothèses
Nous avons pensé que cette différence de comportement est liée à la pression atmosphérique. Laction de lair sur le dessous doit être plus importante quau-dessus de lavion.
A laide dun baromètre, nous avons mesuré la pression atmosphérique au-dessus et au-dessous de lavion immobile. Nous navons constaté aucune différence de pression. Nous en avons conclu que le phénomène de portance ne se produit que lorsque lavion vole.

Fig. 1
Le dessin (fig. 1) met tout de suite en évidence un paradoxe : pourquoi, alors que seuls deux mètres dair le séparent du sol, et que tout le reste de latmosphère pèse sur lavion, arrive-il à voler ?
Il faut donc essayer de mettre en évidence la différence de pression entre le dessus (extrados) et le dessous (intrados) lorsque lavion vole.
Un problème pratique se pose : comment faire une mesure sur un objet qui se déplace ?.
2. Un essai de mise en évidence dune différence de pression
2.1. Les profils daile
Nous avons créé un profil daile davion en balsa (fig.2), sur le modèle dun prototype en polystyrène réalisé dans un premier temps, afin de mesurer la portance.

Fig. 2
2.2. lexpérience
Plutôt que de faire avancer laile dans lair, on fait " arriver " lair sur laile à laide dun sèche-cheveux (principe de soufflerie).
Un tuyau de caoutchouc traverse le profil. Il est percé de deux petits trous juste à lendroit où il débouche au-dessus et en dessous de laile. On mesure ainsi la pression au niveau de laile. Les deux extrémités du tuyau sont reliées à un manomètre à liquide. Une épaisseur de pâte à modeler entre les deux trous empêche lair de communiquer à l'intérieur du tuyau. De la pâte à modeler est également ajoutée à la jointure du balsa et du tuyau pour tenter de prévenir des fuites (fig. 3a).

Fig.3a
Afin de trouver la position idéale pour laquelle le dénivelé est maximal on effectue plusieurs expériences en changeant soit linclinaison du profil pour une distance donnée à la soufflerie soit la distance entre le sèche-cheveux et le profil daile pour une incidence donnée.

Fig. 3b
Une faible différence de pression est observée (fig.3b) notamment si le profil daile est incliné par rapport à la soufflerie.
Nous obtenons des résultats qui nous satisfont à moitié.
En fait, ils sont peu probants. Létude critique de cette expérience montre les insuffisances du protocole :
Nous décidons alors dadopter un profil plus résistant et une " vraie " soufflerie.
3. Atelier bricolage pour un matériel de " pro "!
Une visite au département dénergétique de lEcole Supérieure de lEnergie et des Matériaux (ESEM) nous permet de préciser les problèmes à résoudre et daffiner le protocole expérimental.
3.1. La soufflerie.
Cest le moteur dun aspirateur utilisé à lenvers. Un convergent à 7° en plexiglas est bâti autour de moteur (fig. 4)

Fig.4
3.2. La géométrie de laile davion
Les essais de vol des avions en papier avaient clairement montré que la forme des ailes était un facteur capital pour le vol.
Le profil est choisi dans un catalogue de modélisme pour ses propriétés aérodynamiques.
Un profil daile est réalisé dans un bois dur, le noyer. Lépaisseur relative MN/AF est de 15%.

Fig. 5
3.3. Les capteurs
Ce sont des fins tubes de laiton (F ext = 2mm) placés perpendiculairement à la surface du profil. Chaque tube est repéré par sa position A, B, C et est relié à un tube du multimanomètre différentiel.

Fig.6
3.4. Le manomètre
Il est constitué par des tubes en verre, maintenus sur un support en bois (fig. 7).
Du papier millimétré, collé derrière les tubes, permet de faire une lecture des niveaux du liquide. Pour chaque tube, cest la différence de pression avec la pression atmosphérique qui est relevée.

Fig. 7
4. Mesure de la portance
4.1. Protocole expérimental
Nous avons monté des maquettes d'avion achetées dans le commerce, en matières plastiques.
Nous avons bouché tous les trous que l'avion pouvait comporter pour éviter que l'air ne s'y engouffre.
La maquette est maintenue face à la soufflerie et accrochée à un dynamomètre pour étudier la portance constituant ainsi " une balance à avion ".
La queue de lavion est maintenue par une tige meccano afin de compenser la trainée (fig.8).
La soufflerie est reliée à un variateur de tension pour modifier sa puissance.

Fig.8
4.2. Les observations
La force de traction exercée par l'avion sur le dynamomètre est de plus en plus faible jusqu'au décrochage.
Le tableau ci-dessous indique lordre de grandeur de la portance en fonction de la puissance de la soufflerie pour un profil davion donné.
% U |
10 |
20 |
30 |
40 |
50 |
60 |
70 |
79 |
80 ® |
F (N) |
0 |
0,02 |
0,03 |
0,03 |
0,04 |
0,06 |
0,08 |
0,1 |
/ |
L'ordre de grandeur de la portance F, pour notre maquette d'avion, dans les conditions de l'expérience, est du dixième de newton..
Première conclusion : Pour une inclinaison donnée de l'avion, la portance dépend de la vitesse relative de l'air sur lavion.
4.3. L'ordre de grandeur de la portance est-il cohérent ?
L'avion réel a une masse d'une dizaine de tonnes. La portance doit donc être de l'ordre du poids c'est à dire 105 N.
La maquette est réalisée à l'échelle 1/72. Nous pouvons donc nous attendre a une portance 72² soit environ 5200 fois plus grande. Selon notre expérience, la portance ne serait que de 520 N. Nous avons donc un facteur 200 entre la valeur attendue de la portance et la valeur estimée.
Mais nous avons vu que la portance dépend aussi de la vitesse. Dans notre manipulation, la vitesse d'éjection de l'air est estimée à 20 m.s-1 . Lavion réel a plutôt une vitesse de 1000 km.h-1, soit environ 300 m.s-1, c'est-à-dire 15 fois supérieure à celle de notre expérience.
Il nous faut donc, à présent, savoir comment varie la portance en fonction de la vitesse.
4.4. Loi liant la portance à la vitesse
Nous cherchons à connaître la loi associant la portance F à la vitesse v de lair à la sortie de la soufflerie.
Le protocole expérimental :
Nous adjoignons à l'expérience précédente le profil d'aile avec le manomètre en guise de tube de Pitot.
Nous admettons la relation qui découle du théorème de Bernoulli:
Les mesures :
Une représentation graphique de la fonction F=k´ v² fait apparaître une droite (fig.9).

A masse volumique constante, si nous multiplions par 15 la vitesse, la portance devient 152 = 225 fois plus importante.
Lordre de grandeur de la portance mesurée avec la maquette davion est donc bien valable.
Deuxième conclusion : la portance est une fonction linéaire du carré de la vitesse.
5. Répartition des pressions sur un profil daile
5.1. Protocole expérimental
Laile avec ses capteurs est placée dans la soufflerie à pleine puissance. Chaque capteur est relié à un tube du multimanomètre.
Les pressions sont mesurées en mm deau à l'aide du papier millimétré.
La pression atmosphérique est prise comme référence pour la notation des pressions.
Les valeurs indiquées sont ainsi des différences par rapport à la pression atmosphérique. Une valeur positive montre une surpression et une négative une dépression comme le montre ce schéma (fig.10).

Fig. 10
5.2. Les mesures
Un relevé des pressions intrados Pi et extrados Pe est effectué pour différentes inclinaisons de laile.
5.2.1. Inclinaison nulle (fig. 11)
L'expérience :

Fig. 11a
Les mesures :

On remarque :
Une analyse :
Ce dernier point est étonnant de la part dun profil symétrique à une incidence nulle, qui devrait alors avoir des pressions identiques de chaque côté. On peut lexpliquer par une irrégularité de confection, ou par un mauvais positionnement de laile dans la soufflerie.
Comme nous le verrons par la suite, les avions ont rarement des ailes symétriques, pour éviter justement labsence de portance à 0° et permettre le décollage.
5.2.2. Répartition des pressions pour différentes inclinaisons de laile
La valeur de la portance est liée à la différence de pression entre l'intrados et l'extrados..
Aussi, pour les inclinaisons de 0°, 5°, 10°, 15° et 20°, nous avons calculé et comparé la différence de pression notée DP = Pintrados Pextrados (fig. 12).

Laugmentation de la force ascendante avec langle d'inclinaison de l'aile apparaît clairement au niveau des capteurs N°2.
5.2.3. Attention, décrochage !
Pour une inclinaison de 30° de laile davion, on observe un surprenant phénomène :

Le point dattaque A (capteur N°1) subit une dépression tandis que les capteurs de lintrados subissent une surpression.
Déstabilisant lavion, un décrochage est en général à éviter ; toutefois, il trouve un intérêt lors de latterrissage, qui constitue une sorte de " décrochage contrôlé ". En effet, le pilote, lorsque ses roues viennent de toucher le sol, augmente violemment langle dincidence, déjà élevé, et provoque ce décrochage, qui fait piquer le nez de lavion et retient l'appareil au sol.
5.2.4. Les incidences négatives
Linclinaison de lavion vers le bas correspond à un angle dattaque négatif. Comment se comporte laile dans une telle position ? Observons les pressions pour 10°.
. 
La dépression intrados est cette fois-ci supérieure à celle de l'extrados.
On voit lapparition dune " portance vers le bas ", qui va donc sajouter au poids de lavion pour le faire descendre.
Cette force descendante est employée dans lempennage horizontal de la queue des avions afin de contrebalancer le poids du nez de lappareil ; les ailes constituent laxe de tangage de lavion en vol.
Similairement aux portances positives, dautres mesures (5°, 15°) montre que la portance diminue avec langle. Finalement, une courbe dévaluation de la portance en un point (capteur N°2 par exemple) en fonction de langle donne le graphique ci-dessous (Fig.15).

Troisième conclusion : Pour une vitesse donnée et un profil d'aile donné, la valeur de la portance dépend de l'inclinaison de l'aile.
6. Origine de la portance
6.1. Comment s'écoule l'air autour d'un obstacle ?
Un fluide laminaire est composé de couches de molécules qui glissent lune sur lautre, sans sinterpénétrer. Cest le cas de l'air. On peut ainsi le représenter par une série de traits correspondants à diverses couches.
Pour des vitesses inférieures à celle du son, on peut considérer que lair a une densité constante. Ce qui signifie quil ne se compresse, ni sétire. Pour passer un obstacle, il faut que les couches dair proches de lobjet, qui ont donc un chemin plus long pour le contourner, accélèrent pour retrouver leurs voisines ensuite.
Pour visualiser l'écoulement d'un fluide autour d'un obstacle, une expérience est réalisée avec de leau (Fig.16). Des colorants, à débit constant, matérialisent les couches de fluide. Une fine section daile placée dans leau dévie les trajectoires des colorants comme des couches dair.

fig. 16
6.2. Loi de Bernoulli
Daniel Bernoulli, physicien suisse, montra au XVIIIème siècle que vitesse et pression varient en sens inverse.
Le long dune ligne de courant, on a : P + 1/2*r v2 = Constante
Cest à dire quune grande vitesse entraîne une faible pression et vis et versa. Les conséquences de cette loi paraissent parfois paradoxales ; ainsi, la capote dune voiture, " flasque " au repos, est aspirée vers lextérieur, comme gonflée avec la vitesse, tandis quon laurait imaginée de premier abord écrasée par le souffle dair.
6.3. Application au profil d'aile
Laile utilise le principe de Bernoulli pour sélever (Fig.17).

Fig.17
Lair passe autour de laile en accélérant au-dessus. Par conséquent, la dépression sur lextrados " aspire " lavion vers le haut : cest la portance.
CONCLUSION
Nous étions partis de peu de chose : une idée détude sur les avions en papier. Devant la fragilité des avions en papier, nous nous sommes orientés vers des manipulations sur des maquettes " en dur " afin davoir du " solide " entre les mains, de pouvoir manipuler sans détruire.
Un avion vole donc grâce à la portance, force qui dépend de sa vitesse et de son inclinaison, et non grâce à la force du lanceur comme nous avions émis lhypothèse a priori.
Comme tous les avions, lavion en papier utilise la portance pour voler. Sa forme est conçue en fonction de lutilisation quon lui réserve. Ainsi pour un planeur, on crée un profil avec une grande largeur daile et peu de longueur pour que la portance ait le plus despace pour agir. Pour un " chasseur ", on privilégie un profil long et effilé, plus aérodynamique, qui fend lair avec rapidité. La forme des ailes peut influer sur la portance au point de pouvoir faire faire un looping à l'avion.
Malgré beaucoup de temps passé à mettre au point le matériel dexpériences et quelques séances plutôt improductives (lancer davions en papier, recherche de protocole expérimental), nous sommes arrivés à mettre en évidence des phénomènes difficilement compréhensibles intuitivement.
Tout en nous amusant bien, nous avons perdu quelques belles idées fausses, comme le fait que la pression soit moins importante dans une salle à cause du plafond. Nous avons pris conscience de la différence force et pression, pression atmosphérique et poids de lair, enfin force de lancement et vitesse.
Nous nous sommes rendu compte, pendant une année assez mouvementée mais qui sest très bien passée, du fait que la physique nétait pas une science si abstraite ou si théorique que nous le pensions .
BIBLIOGRAPHIE